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Le Front National de l'Essonne affiche ses ambitions pour les prochaines élections municipales sur Draveil en 2014 : 

Sources : ESSONNE INFO | Par  

Pour beaucoup, le règne de Georges Tron arrive à son terme à Draveil, déstabilisé par ses affaires de mœurs et un bilan très critiqué. Alors toutes les forces politiques voient les prochaines municipales comme un moyen de renverser le président de la fédération UMP de l’Essonne. Le jeu des alliances sera sans aucun doute déterminant.

 

L'hôtel de ville de Draveil. (CC/Wikipédia/Cyrilb1881)

L’hôtel de ville de Draveil. (CC/Wikipédia/Cyrilb1881)

Détrôner Tron, l’occasion n’a jamais été aussi belle. Depuis sa prise de fonction en 1995, l’actuel maire de Draveil n’a eu aucun souci pour se faire réélire, sortant vainqueur du scrutin dès le premier tour en 2001 et 2008.

Mais l’aura du représentant UMP ne brille plus autant sur la ville, à cause notamment de sa mise en examen il y a deux ans pour viols et agressions sexuelles sur deux de ses employées.

Si l’affaire s’est conclue par un non-lieu, l’emballement médiatique national a donné une image de Georges Tron, et indirectement de Draveil, peu respectable et difficile à effacer. « Il a discrédité la ville, son ère est terminée, commente son farouche opposant, Philippe Olivier. Il n’y a que lui pour croire qu’on l’attend comme le messie après 3 mandats. »

L’édile doit également défendre des choix politiques contestés : une pression fiscale qui n’est « au profit que d’une population aisée », et « un désintérêt pour les services publics, les transports en commun, et les initiatives culturelles, qui sont au détriment des classes moyennes et populaires », selon Jean Pascal Bonsignore de Draveil à Gauche (PCF).

A droite, on lui reproche aussi de vouloir dénaturer la ville « avec la création de logements sociaux qui vont détruire la forêt de Sénart », juge Audrey Guibert, présidente de la fédération 91 du Front National. Le maire avait d’ailleurs vu son projet immobilier sur le site de l’hôpital Joffre échouer en 2011.

À l’idée d’une quatrième investiture de suite, certains doutent même de sa candidature, qui n’a, pour l’instant, pas été confirmée ou infirmée. Sans successeur à ses côtés, c’est un maire en difficulté qui ferait alors face à une multitude de forces politiques, de gauche comme de droite, avec des ambitions locales comme nationales, prêtes à renverser le président de la fédération UMP du département.

Tous ensemble et moi d’abord

La gauche sait qu’il y a un coup à jouer dans une ville qui semblait inaccessible il y a encore deux ans, et se veut pleine de précautions. Les quatre forces politiques présentes mettent toutes en avant l’importance du rassemblement : « c’est la seule façon de battre la droite, considère Jean-Pascal Bonsignore. Nous voulons réunir les électeurs socialistes, communistes, du Parti de gauche, et les Verts. »

Oui, mais derrière qui ? C’est là le point de désaccord majeur. Le Parti Socialiste veut faire appel à Jean-Jacques Lejeune, un ancien du PS désormais sans étiquette, pour diriger la liste. Un avis qui divise d’après Serge Chevalier, secrétaire de section : « Il faut faire face à de fortes personnalités chez les Verts et les Communistes. Pour certains, Lejeune n’est pas dans une formation politique donc ça ne compte pas. Je dois donc justifier sa place, rappeler ses responsabilités de Conseiller régional et municipal, et sa notoriété dans la ville. »

Un propos conforté par Jean-Pascal Bonsignore : « Lejeune déserte pour mieux revenir, il n’est pas l’unité de rassemblement propice. Nous ne souhaitons pas rejoindre ce mouvement qui ne renversera pas Tron. Je ne sais pas si Lejeune ira jusqu’au bout de la campagne et je pense que certains n’hésiteront pas à nous rejoindre. » À coté de ça, le Front de gauche se dit « conscient qu’une tête de liste communiste ne peut pasgagner sur Draveil ». 

La dernière possibilité pourrait venir d’Europe Écologie Les Verts, incarné par le conseiller régional Jean-Marc Pasquet. « Parachuté », de l’avis des socialistes et de Philippe Olivier, celui-ci veut « être le renouvellement que souhaitait Michel Gruber », le représentant EELV local. « Le 24 juin dernier, nous nous sommes rencontrés avec le PG et le PC, mais sans Jean-Jacques Lejeune qui n’est finalement pas venu, pour trouver un moyen de se rassembler » indique-t-ilUn dialogue est en cours au niveau départemental entre les partis pour évaluer une potentielle tête de liste, qui sera officialisée en octobre. Jean-Marc Pasquet annonce déjà que « le Front de Gauche soutient (sa) candidature. »

Le PS seul face aux trois partis unis ? Un scénario loin d’être impossible. « La gauche peut gagner si elle ne présente qu’une seule liste, mais à l’heure actuelle, je n’exclue pas deux listes », analyse Bonsignore. Mais le paysage politique draveillois est bien plus grand, et la gauche, unie ou non, aura affaire à au moins deux autres listes à droite, qui chacune, ont les moyens de renverser Tron.

La garantie d’un second tour

Le Front National, tout d’abord, qui présentera une liste menée soit par « un adhérent du parti qui a déjà fait campagne auparavant, ou un sympathisant qui nous a sollicité, dans le cadre d’un rassemblement Bleu Marine, détaille Audrey Guibert. […] Nous allons baser notre campagne sur la moralisation de la vie politique, redonner une image respectable à la ville. Nous développerons un programme concret pour combattre la densification urbaine, et faire face à l’explosion de la délinquance, la hausse de 25 % des vols avec violence et des vols à la tire. Nous voulons une force de sécurité municipale ou intercommunale, avec, par exemple, la mise en place d’une police municipale ». Le parti frontiste, qui était arrivé au second tour des cantonales en 2011, annonce par ailleurs qu’il ne fera « pas d’alliance avec quiconque, que ce soit au premier comme au second tour. »

L’annonce d’une liste FN peut surprendre si on prend en compte la présence sur Draveil de Philippe Olivier, beau-frère de Marine Le Pen, et ancien conseiller régional du parti, qui compte bien mener sa liste aux municipales. Oui, mais celui-ci a quitté le FN avec Marie-Caroline Le Pen en 1998 lors de la scission du Front National. Et de part et d’autres, on refuse tout accord de convenance.

« Que le FN se présente ou non ne change rien pour moi. Aucune alliance n’est possible avec eux. J’ai quitté ce parti il y a 15 ans, ce n’est pas pour y revenir. Je suis en dehors des partis, le sort du FN ne m’intéresse pas plus que celui de l’UMP ou du PS », indique le chef de file de « 100% Draveil ». « Nous sommes une association apolitique avec des gens très variés. Nous appelons au rassemblement le plus large, mais à une échelle locale, avec des acteurs importants à Draveil, qu’ils aient des idées de droite comme de gauche, en dehors des partis. »

Philippe Olivier affiche depuis plusieurs années un message anti-Tron sur la ville, à l’image de son rôle indirect dans la mise en examen du maire. Son frère, Jacques Olivier, ancien conseiller en communication du FN, avait conseillé les deux plaignantes lors du procès – où elles étaient défendues par… Gilbert Collard, désormais député Front National -. Lors des dernières législatives, il avait réalisé une campagne factice contre Georges Tron, sans bulletins de vote disponibles.

La séparation FN / 100 % Draveil trouve en tout cas un sens pour certains élus de gauche « Philippe Olivier va prendre les votes anti-Tron, et le FN va trouver son électorat habituel, calcule Jean-Pascal Bonsignore. Ça me paraît crédible, car c’est la meilleure façon de piquer des voix à Georges Tron. Au second tour, si la gauche est présente face au maire sortant, certains préférerons s’abstenir que de voter pour le maire sortant. »

Tron majoritaire à Draveil aux dernières Législatives

Ce n’est pourtant pas forcément ce binôme qui va sortir son épingle du jeu mais un outsider qui avait déjà réalisé un coup d’éclat, Philippe Brun : « En 2011 aux cantonales, sur mon seul nom, et sans être vraiment connu, j’ai fait 16 %. Depuis, notre association « Draveil Villages » a fait échouer la promesse de vente immobilière que Tron avait faite sur le terrain de l’hôpital Joffre, qui était une des préoccupations majeures des Draveillois. »

Pour 2014, il estime donc pouvoir atteindre « 20% des voix, mais ça ne suffira pas pour gagner. Mon but est donc d’abord d’arriver au deuxième tour. Deux choix s’offrent à moi : mener une liste au premier tour et en rejoindre une autre au deuxième, ou alors faire une liste commune dès le départ avec d’autres forces politiques. Mais je me place clairement en opposition à la municipalité sortante. » Un accord avec Philippe Olivier serait donc possible ? «Je ne sais pas encore avec qui je vais m’allier, tout est ouvert. »

Georges Tron se retrouve donc face à des ennemis très variés, souvent divisés ou désorganisés, mais suffisamment nombreux pour garantir qu’il y aura un second tour aux municipales l’année prochaine. Cependant, il ne faudrait pas enterrer le maire sortant trop vite : le taux d’abstention reste fort dans les quartiers populaires, alors que Tron pourra sans doute compter sur une partie – même réduite – de son électorat traditionnel. En 2012, si Thierry Mandon lui a pris sa circonscription aux législatives avec 13 points d’écart, le maire de Draveil enregistrait 52 % des voix sur sa commune au second tour. Les scores en mars prochain seront serrés et le résultat final forcément étonnant.

 

Malgré plusieurs demandes, nous n’avons pas pu nous entretenir avec Georges Tron pour connaître ses objectifs concernant ce scrutin. 

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